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Jean ROSSIER

Direction d'unité de recherche


Depuis 1980, je suis responsable d'un laboratoire de recherche reconnu par le CNRS. Au cours du temps, ce laboratoire s'est développé pour compter aujourd'hui un cinquantaine de chercheurs, ITAs et étudiants. L'objectif du laboratoire est le développement de recherches originales en neurosciences dans le domaine général de la plasticité cérébrale en privilégiant les techniques modernes de bioanalyse.

Comme le succès d'un laboratoire de recherche dépend avant tout de l'enthousiasme des hommes et des femmes qui se sont regroupés, j'ai essayé de construire un lieu propice à la création originale pour chacun des membres. Je les fais travailler ensemble mais en privilégiant la singularité de chacun. Toute la force et l'originalité d'un laboratoire dépendent de cet équilibre entre autonomie et intégration de chacun des acteurs.

Le directeur d'un laboratoire a plusieurs autres fonctions : il doit par son expérience et sa rigueur scientifique être le garant de la qualité des travaux de son laboratoire et pour ce faire j'insiste sur l'observation du code des bonnes pratiques du laboratoire (BPL); il doit faire reconnaître dans le monde l'originalité des recherches de son groupe en encourageant la publication des résultats dans les meilleures revues scientifiques ; il doit trouver les supports financiers permettant aux chercheurs de travailler dans les meilleures conditions avec les équipements les plus performants ; il doit veiller à la valorisation industrielle des découvertes du laboratoire. J'essaye de remplir toutes ces fonctions en n'oubliant pas la principale : susciter l'éclosion des découvertes.

Alors, comment programmer une recherche originale alors que par essence les grandes découvertes sont inattendues ? L'idée la plus simple qui guide l'organisation du laboratoire est de développer des moyens de recherche permettant de faire des observations originales là où des verrous méthodologiques ralentissent l'exploration. Un exemple de la levée de ces verrous a été le développement dans notre laboratoire de la RT-PCR sur cellule unique après patch-clamp. Cela n'a pas nécessité d'investissements lourds, nous avons simplement utilisé une technique existante, la RT-PCR et l'avons adaptée aux études électrophysiologiques faites avec des micropipettes de patch-clamp. Le verrou était psychologique et venait des biologistes moléculaires qui étaient persuadés qu'il fallait collectionner du matériel venant d'un nombre élevé de cellules pour pouvoir l'amplifier par RT-PCR. Il a suffit de la rencontre dans notre laboratoire d'un jeune étudiant en biologie moléculaire, Bertrand Lambolez, et d'un électrophysiologiste, Etienne Audinat, pour faire sauter ce verrou. Cette rencontre n'a pas été fortuite, elle a été voulue car je me suis toujours fait l'avocat de la pluridisciplinarité.


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